Tour de France des écoles

L’école Basile Moreau à Nyoiseau (49)

Associer des enfants handicapés à des enfants non handicapés, afin que l’ensemble profite des richesses de tous ; tel est le vaste projet mis en œuvre par Marie Le Jean et Yann de Cacqueray à travers leur école Bienheureux Basile Moreau qui accueille pour la première fois ces enfants « extraordinaires » en 2016.

 La genèse du projet

Ce désir d’offrir aux plus démunis une attention unique pousse Marie, alors enseignante dans le public depuis 8 ans, à demander sa mutation en IME (institut médico-éducatif) . Cependant, une fois confrontée à la réalité des IME, la déception est immense : « Il n’y avait aucune ambition pour les enfants handicapés en terme d’instruction. Tout ce que nous devions leur inculquer, c’était l’envie d’être autonomes et d’avoir des projets. Ma vocation d’enseignante s’en trouvait frustrée ! » témoigne-t-elle. L’idée commence alors à germer d’une école libre qui, non seulement accepterait les enfants extraordinaires, mais ferait de leur instruction, l’enjeu principal ; Marie Le Jean va alors trouver Yann de Cacqueray et de leurs deux volontés, naîtra l’école Bienheureux Basile Moreau.

Le hors-contrat dans du sous-contrat, un pari fou ?

Afin de répondre aux besoins particuliers de chaque enfant, un programme différent doit être mis en place, loin des normes du système scolaire français actuel, que seule la liberté d’une école sans contrat peut permettre. Deux structures juridiques bien distinctes sont donc mises en place : s’ils fonctionnent avec l’OGEC pour le collège-lycée, ils ont aussi créé une association pour l’école Bienheureux Basile Moreau, les deux entités fonctionnant de manière totalement dissociée. Le fonctionnement est ainsi unique dans le primaire puisque chaque enfant handicapé a un emploi du temps totalement sur-mesure et adapté à son développement, l’équipe éducative travaillant tous les jours pour répondre aux problèmes particuliers de chaque enfant.

Des résultats spectaculaires

L’institutrice nous confie ainsi : « Ce n’est pas évident de trouver du matériel adapté aux enfants handicapés. Alors je fabrique tout mon matériel moi-même. Nous avons par exemple dans la classe un enfant dont les mouvements peuvent être très saccadés. Il passait son temps à faire tomber le matériel, j’ai donc tout aimanté et il travaille désormais à l’aide d’un tableau magnétique. Au fur et à mesure des problèmes rencontrés, j’imagine des solutions ! » De même, un des petits garçons trisomiques de la classe, âgé de 8 ans, est arrivé en début d’année ne sachant ni parler, ni marcher. « Nous avons alors décidé de l’entraîner en l’aidant à marcher pour se rendre sur les terrains de sports situés assez loin de la classe » explique Marie. A force de longues marches, L’enfant se passe maintenant de son fauteuil. Quant à ses progrès en classe malgré son mutisme, le point de vue de son institutrice pourrait en surprendre plus d’un : « je pars du principe qu’un enfant, même s’il ne parle pas, peut tout à fait rentrer dans la lecture ». Au bout de quelques mois de scolarisation, son petit élève lui donne raison : après avoir commencé par associer les sons à des gestes, il prononce maintenant les sons de chaque lettre.

Un trésor pour chacun

Dans ces classes extra-ordinaires, les enfants n’ont pas tous les mêmes difficultés et les mêmes richesses, ils accueillent ainsi une enfant autiste, un petit garçon micro-céphale, et plusieurs enfants porteurs de trisomie. Aujourd’hui, l’école accueille ainsi 45 élèves dont 8 enfants extraordinaires, les classes se mélangent alors selon les activités et en fonction des enfants, de leurs capacité.« C’est extrêmement enrichissant pour les élèves d’être mêlés aux autres, de rencontrer la différence. Cela permet aux grands de voir vivre les plus jeunes, en particulier ceux qui ont un handicap » souligne à ce propos Yann de Cacqueray Au sein de sa classe, Marie Le Jean observe une grande gentillesse des enfants les uns envers les autres, comme le jour où Edouard, 10 ans, porteur de trisomie, a insisté pour réciter, comme les autres sa poésie. « Il a l’habitude de mâcher ses mots mais il s’était énormément entraîné. Le jour de la récitation, sa diction était incroyable ! A la fin de la poésie, les autres enfants ont tous applaudi en lui lançant des compliments « c’était magnifique ! ». Les étoiles dans les yeux d’Edouard, et sa fierté devant ses camarades, c’est inoubliable ».

L’institutrice conclut par ces mots : « Enseigner à des enfants porteurs de handicaps, cela comporte de nombreuses difficultés, mais les victoires sont extraordinaires, source de tant de joie ! »

Pour visiter le site internet de l’école : www.orveau.com

Crédits photos : ND d’Orveaux, IStockPhoto

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